
Montanier : «Il ne manque qu'une étincelle»
Philippe Montanier, l'entraîneur du Stade Rennais, se confie cette semaine dans France Football. Après le bon début de saison des Bretons (3es), il a de bonnes sensations, même s'il reste sur ses gardes.
Il y a deux ans, à peine arrivé au Stade Rennais auréolé d’une qualification en Ligue des champions avec la Real Sociedad, Philippe Montanier avait accordé une interview à France Football où il parlait de jeu et de ses envies de convertir son nouveau club à sa vision offensive du football. Les difficultés durant ces deux premières saisons auraient pu ébranler ses convictions. A voir la réussite actuelle du Stade Rennais, ce n’est assurément pas le cas. A l’écouter, non plus. Il le réaffirme dans cette nouvelle interview parue cette semaine dans France Football, où il parle également de Gourcuff, de Ntep, de l’attente immodérée envers le Stade Rennais, de Suaudeau, de Denoueix et de bien d’autres choses, dont certaines ne sont pas dans le journal. Les voici.
L'objectif cette saison
«Une saison vraiment réussie pour le Stade Rennais, c’est d’être européen, et d’arriver à bien jouer 60% du temps. Dans une saison, tu as 20% de matches où tu es très bon. 20% où tu es vraiment mauvais. Et puis 60% où tout se joue, si tu es moyen plus ou moyen moins. Ce sont ces 60% là qu’il faut soigner, pour qu’on soit le plus souvent moyen plus. Ou bon, tout simplement.»
Le projet de jeu
«Je trouve cela pompeux, "projet de jeu". A part le Barça, personne n’a de projet de jeu. On essaie de donner des lignes directrices aux joueurs, c’est tout. L’idée, ce n’est pas uniquement d’attaquer. Ce qui est plaisant, c’est de s’adapter à toutes les situations. Un jour, avec Valenciennes, on était allés à Caen, et Patrice Garande (adjoint à l’époque) avait dit "Valenciennes, c’est chiant à jouer parce qu’ils savent tout faire". J’avais pris ça pour un compliment. Quand j’étais à la Real, j’avais lu un article du Guardian qui disait que l’équipe était un croisement entre les attaques rapides du Real Madrid et la maîtrise du ballon du Barça. C’était faux, mais ça m’a fait plaisir. On a une ligne de conduite, bien sûr, mais il y a aussi la réalité. Le foot, c’est un rapport de force, et le rapport de force n’est pas toujours en ta faveur.»
Le rôle de l'entraîneur
«Il ne faut pas croire, l’entraîneur ne maîtrise pas tout. En match, notamment. A part à la mi-temps et sur deux-trois changements où tu essaies d’impulser les choses, tu ne maîtrises rien. Parfois, tu t’évertues à t’agiter sur la touche alors que ça ne sert à rien. J’ai été joueur, quand je voyais mon entraîneur gesticuler au loin, je me disais "bon, j’ai dû faire une connerie, mais laquelle ?". Le joueur, quand il doit gérer le ballon, l’adversaire, le partenaire, je ne suis pas sûr que l’entraîneur ait une si grande influence sur lui... L’influence, elle est dans la semaine. La semaine, c’est beaucoup l’entraîneur et un peu les joueurs, le jour du match, c’est beaucoup les joueurs et un peu l’entraîneur.»
Rennes club formateur
«Là, on a quelques trous. Je demande tous les ans au centre qui je peux intégrer, et on me répond "personne". A mon arrivée, j’ai fait jouer Hunou, Bakayoko, Doucouré, Allé, Houtondji, Saïd... qu’on a fait signer ensuite. Mais il faut qu’ils passent en L1. Un club comme Rennes, quand il recrute en L2, c’est forcément les meilleurs. Si tu prêtes tes jeunes en L2 et qu’ils ne font pas partie des meilleurs, en L1, ça va être compliqué ! Il va falloir attendre un peu, mais je sens que ça frémit.»
La réussite
«Nous, les entraîneurs, on nous demande des résultats vite. Ce n’est pas grave. Si tu œuvres pour le club, il faut prendre le temps. Et puis si ça ne marche pas immédiatement, bah c’est un autre qui viendra, mais si tout est bien en place, ça devrait enquiller. Que tu sois encore là ou pas, ce n’est pas le plus important.»