(L'Equipe)

De ses surnoms "Brebis" et "Pavardinho" à Daniel Balavoine en passant par Laurent Blanc : Benjamin Pavard raconté par ceux qui l'ont côtoyé

Auteur de l'exceptionnel but égalisateur face à l'Argentine, Benjamin Pavard vient de marquer son premier pion en équipe de France. L'occasion pour ses anciens entraîneurs et un ancien coéquipier de nous le présenter davantage.

Frédéric Pavard* : «Son rêve, c'était de devenir capitaine du LOSC»

«Au début, sa sélection, je n'y croyais pas. Tout le monde a été surpris. C'est son agent qui m'a appelé. Je pensais que Benjamin était convoqué en Espoirs donc je lui disais "Oui, ok, en Espoirs, c'est bien". Et là il m'explique qu'il va chez les A... Un grand bonheur pour la famille. Tout ce qui lui arrive, c'est une très grande fierté pour lui. Notamment pour tous les sacrifices qu'il a pu faire. Il a pris des décisions très jeunes, parce qu'on lui demandait toujours son avis. Quand il a signé à Lille à neuf ans, c'est lui qui l'a voulu par exemple. Le foot était tellement une passion chez lui depuis tout petit... Il est fou de football, il connait tout. Dans sa chambre, il n'y avait que des choses en rapport avec ça. À l'époque, j'étais abonné à France Football, et je ne pouvais pas le lire parce qu'il me le piquait à chaque fois.

Il voulait absolument être footballeur. Nous, on ne le freinait pas, mais on lui disait que ça allait être dur, avec énormément de sacrifices et de travail. Mais jamais on n'aurait pensé qu'il arriverait jusque-là. Etape par étape, il est passé pro. Je lui disais : ''c'est bien, mais maintenant il faut jouer en pro." Mais alors là, l'équipe de France, c'est assez fou, c'est le Graal. C'est une tout autre dimension et on s'en aperçoit dans la vie de tous les jours, rien qu'au boulot, il y a des gens dont je n'imaginais pas qu'ils savaient que le mot football existait qui sont venus me voir pour me dire : "c'est super".
Tout ce qui lui arrive fait que tout remonte en ce moment. Quand je l'entraînais chez les poussins, il savait que ça allait être plus difficile pour lui que pour les autres. Je ne voulais pas croire qu'il puisse être avantagé. Mais quand vous avez un bon joueur dans un petit club comme Jeumont, tout le monde se disait : "mais qu'est-ce qu'il est fort". Lille ? Il a eu des périodes difficiles, c'est vrai. Secrètement, son rêve, c'était de s'imposer et de devenir capitaine du LOSC. Il était à fond avec ce club.»

*Son père, qui l'a entraîné à ses débuts à l'US Jeumont

«L'équipe de France, c'est assez fou, c'est le Graal.»

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22 Févr. 2016 à 12h11 PST

Après, il n'a pas eu que des hauts à Lille, il y a eu aussi des moments difficiles. Je me rappelle par exemple d'une période, en U17 ou U19, où il n'était pas au top entre sa vie à l'internat et le foot. Il se posait des questions sur son quotidien. Il a pris du recul avec sa famille. Je me souviens qu'il avait pris une semaine pour réfléchir à son avenir. Il est alors revenu différent et transformé. Ensuite, son ascension au LOSC a été assez rapide. C'est un mec normal, très simple, sobre, et je pense qu'il veut le rester. J'ai le souvenir de Franck Béria qui nous disait toujours de ne pas se prendre pour quelqu'un d'autre et de ne pas faire des choses qu'on ne maîtrise pas, qu'il suffisait d'être simple. Et Benjamin le fait bien. À n'importe quel poste où il joue, il réussit. Il est talentueux. C'est super ce qui lui arrive.»
*Son coéquipier au centre de formation du LOSC, aujourd'hui à Mouscron, en Belgique

Jean Butez* : «Son surnom ? "Brebis" à cause de ses cheveux bouclés»

«Pour le définir, je vous dirais : "Années 80". Pendant nos saisons à l'internat, on était voisins de chambre, et le soir, avant de dormir, on avait toujours le droit à une playlist des années 80 de sa part. Il y avait de tout : du Claude François, du Daniel Balavoine... Il chantonnait, et ça faisait plus sourire qu'autre chose. Bon, quand ça me gênait, je toquais au mur pour qu'il fasse un peu moins de bruit. Je me rappelle aussi de son bizutage en U19. On se déplaçait à Avranches. À l'hôtel, le soir, il nous avait chanté deux chansons, dont du Balavoine, tout en nous faisant une petite danse. Il avait fait le show, ça avait mis l'ambiance. Benjamin, c'est un peu de folie, un gars un peu fou, tout en étant très correct. Un garçon super charmant et attachant. Il ne se prend pas la tête et c'est pour ça qu'il réussit aujourd'hui. Son surnom au centre ? Je ne sais pas si ça va lui plaire (il rit), mais c'était "brebis" à cause de ses cheveux bouclés.

«C'est un mec normal, très simple, sobre, et je pense qu'il veut le rester».

Stéphane Dumont* : «Il a parfois fallu le bousculer»

«Benj', il a parfois fallu le bousculer un petit peu dans certains domaines. Sa faculté à être un peu nonchalant et à mettre un peu trop de facilités dans son jeu a été son plus grand axe de progression. Pour qu'il comprenne que le football de haut niveau auquel il aspirait demandait des efforts, notamment sur le plan mental. Et que le moindre geste parasite dans son jeu pouvait le sanctionner individuellement, et donc collectivement. Ça n'a pas été simple, mais on voit qu'il a évolué.
Ce qui lui a permis de franchir un autre cap, c'est le fait d'être passé de milieu défensif à défenseur. Il devenait alors quelqu'un d'important à un poste qui mettait davantage en valeur sa qualité de relance. Mais qui le sanctionnerait également à la moindre facilité. Il l'a emmagasiné et ça l'a énormément fait progresser. Ce repositionnement, je me souviens, c'était lors d'un match à Dunkerque avec les U19. Je lui ai expliqué que j'allais le mettre derrière, avec le brassard de capitaine. Je voulais en faire le cadre de l'équipe, mais aussi un défenseur central. Il m'a dit : "ok, coach, pas de souci". C'est parti comme ça.»

*Entraîneur-adjoint de David Guion au Stade de Reims, coach de Benjamin Pavard en U19 au LOSC

Julien Delebois* : «Il était classe, un peu comme un Laurent Blanc»

«C'est quelqu'un de très simple, de très humble, qui n'oublie pas d'où il vient. Il n'a vraiment pas changé. Sur le terrain, déjà à l'époque, il était classe, un peu comme un Laurent Blanc, il avait un jeu élégant. Il était un peu plus grand que les autres de son âge. À chaque fois qu'on jouait, les gens pensaient qu'il était plus vieux. Surtout, ce qui m'avait choqué, c'était son altruisme. Il jouait déjà défenseur central en poussins, et je me rappelle d'une de ses phrases : "moi, je prends plus de plaisir à faire une passe décisive qu'à marquer un but." Il avait huit ans et avait cet esprit collectif. On l'appelait Pavardinho, qui est encore son surnom aujourd'hui.»
*Responsable des jeunes à l'US Jeumont, le premier club de Benjamin Pavard

Ce qui a toujours été impressionnant avec Benjamin, c'est la sobriété de son jeu, tout en dégageant une élégance et de la classe dans tout ce qu'il faisait. Pour l'anecdote, lors d'un tournoi poussins à Marcq-en-Baroeul avec le PSG, Marseille et d'autres équipes, je discutais avec Michel Vandamme du LOSC. Il m'expliquait que le club n'avait pas gagné ce tournoi depuis longtemps. Et deux semaines après la signature de Benjamin, Lille le remportait. Le soir, son fils, Jean-Michel, l'a appelé pour lui dire qu'ils avaient dégoté un grand joueur. Et toutes proportions gardées, il m'a dit : "sur ce tournoi-là, Benjamin, il m'a fait penser à Beckenbauer". Il a tout de suite marqué les esprits.
C'est une fierté régionale, il a gardé sa simplicité, qu'il soit appelé chez les pros à Lille, en équipe de France Espoirs ou après sa signature à Stuttgart. Quand il revient, il fait des photos avec les gamins, si un ballon traîne, il va jouer avec les petits... Il reste très simple, le succès ne lui monte pas à la tête.»
*Son entraîneur en U11, qui l'a suivi de très près depuis ses débuts

Benjamin lors de ses débuts avec Lille, en 2015. (A.Martin/L'Equipe)

Fabrice Denhez* : «Une sobriété, tout en dégageant une élégance et de la classe»

«Que ce soit son père ou moi, objectivement, on n'y est pas pour grand-chose dans la réussite de Benjamin. C'est surtout la formation de Lille qui a fait tout le travaiL A neuf ans, il était allé faire un entraînement à Lille. Le club a exprimé son intérêt auprès du père. Il m'a demandé conseil et je lui ai alors dit que c'était une chance à ne pas laisser passer. Partout où on allait jouer, Benjamin éclaboussait les matches... Le papa a donc donné son accord. Au début, il a été accueilli en famille d'accueil. La maman allait le voir pour faire ses devoirs avec lui. Il était très suivi.

«Benjamin a tout de suite marqué les esprits».

René Girard* : «J'avais été agréablement surpris»

«C'est un garçon complet. J'avais été assez bluffé quand je l'avais vu lors d'un match amical face au Manchester City de Patrick Vieira, qui était venu jouer une rencontre avec son équipe face aux jeunes de Lille. J'étais allé voir, et j'avais trouvé Benjamin intéressant. Bien m'en a pris puisque pas longtemps après, j'en ai eu besoin pour les pros. J'avais été agréablement surpris, puisqu'il s'était très bien fondu dans le groupe des pros, même s'il avait été appelé au dernier moment. Je crois même l'avoir fait jouer aux trois postes, à droite, à gauche et dans l'axe. Je me rappelle d'un garçon avec de la personnalité, une facilité technique. Ce n'est pas vraiment étonnant de le voir où il est aujourd'hui. Il continue de me surprendre.»
*L'entraîneur qui l'a lancé chez les pros avec le LOSC, le 31 janvier 2015, à Nantes (1-1) alors que Pavard avait 18 ans

Timothé Crépin