rebocho (pedro) kerbrat (christophe) (F.Faugere/L'Equipe)

«Il faut déjà balayer devant sa porte», «ça devait nous servir de leçon» : comment se remet-on d'une humiliation ?

Après la correction subie sur la pelouse du PSG samedi dernier (9-0), Guingamp va devoir relever la tête pour s'imposer à Nancy en 16e de finale de Coupe de France. Mais comment se remet-on d'une telle humiliation ?

Guingamp va devoir aller de l’avant s’il ne veut pas plonger dans le désespoir. Après sa lourde défaite contre le Paris Saint-Germain samedi dernier (9-0), les Bretons se déplacent à Nancy pour les 16es de finale de Coupe de France. L’occasion parfaite pour le club de Bertrand Desplat, habitué aux beaux parcours en Coupe, et profondément attaché à cette compétition, de renouer avec le succès. Mais pour battre les Lorrains, et se remettre dans le même temps de cette humiliation, les Guingampais vont devoir faire preuve de caractère.

Philippe Violeau, ancien capitaine d’Auxerre, se souvient d’une claque prise à Lens (7-0) en 2005-2006, et pense savoir comment réagir : «Après cette défaite, on a surtout envie de se racheter. La meilleure manière, c’est de faire une prestation honorable par la suite. Dans l’état d’esprit, il faut donc une motivation, comme lors d'un match de Coupe. Mais, tout au long de la semaine, ce n’est pas facile. Tant qu’on n’a pas rejoué un match, on se sent honteux vis-à-vis des supporters et des dirigeants. Si on pouvait rejouer trois jours après pour laver ça tout de suite, ça serait le mieux.»

Jouer trois jours après, c’est "la chance" dont peut profiter Guingamp. Les Bretons n’ont pas eu le temps de cogiter et de se remémorer ce mauvais souvenir pendant une semaine. «Ce sont des moments qui ne sont pas faciles à vivre. Il y a plein de choses qu’il faut appréhender lorsque l’on rejoue», estime Philippe Violeau, avant d’ajouter : «ce genre de défaite, on a beau vouloir les expliquer, malheureusement on n’a jamais de réponse. En discuter longuement et ressasser ne sert à rien, le passé c’est le passé. Il faut plutôt essayer de remobiliser le groupe. Il faut déjà balayer devant sa porte. Et à partir de là, il n’y a pas de raison que ça se reproduise.»

Violeau : «En discuter longuement et ressasser ne sert à rien, le passé c'est le passé».

«Il faut vite oublier, passer à autre chose»

Patrick Battiston a lui aussi connu une déroute. Durant la saison 1985-1986, avec les Girondins de Bordeaux, le Français prenait une correction sur la pelouse de Monaco (9-0), le même score qu’a subi Guingamp contre le PSG. L’ancien international français (56 sélections) s’en souvient bien : «On était à 2-0 à la mi-temps et on avait même marqué un but qui aurait dû être valable. Après, il manquait un peu d’engagement, un peu de mouvement et puis on en a pris deux ou trois, et on n'osait plus. Nous avions un président assez particulier, Claude Bez. Le lendemain, il nous a dit qu’il préférait prendre une fois 9 à 0 que neuf fois 1 à 0, sur le ton de la plaisanterie, mais il avait raison.»

Et, pour oublier cette lourde défaite, la solution était toute trouvée : ne pas en parler. «Ce n’était même pas la peine de chercher à comprendre ce qui c’était passé, c’était (il siffle)... Il faut oublier totalement, passer à autre chose pour éviter de se remettre en question trop vivement. Si on en parle trop, on risque de traîner ça pendant de longues semaines.» Les Girondins avaient su réagir, puisque quelques jours plus tard, ils s’imposaient en 32es de finale de la Coupe de France contre Toulouse (2-0), avant de soulever le trophée à la fin de la saison. Pour lui, après la défaite face à l’ASM, le soutien des supporters était précieux : «On avait des supporters qui venaient nous voir et nous rassurer, nous encourager, c’était plutôt sympa.» Le souvenir de cette défaite le marquera tout de même à jamais : «De temps en temps, on nous refait la remarque de cette lourde défaite. Mais moi aussi j’en parle, quand on me dit “j’ai perdu”, parfois je réponds “moi j’ai perdu 9 à 0” (rires).»

Remobiliser les troupes n’est pas donné à tout le monde. Mais après une défaite d’une telle ampleur, l’entraîneur doit s’exprimer et remotiver l’ensemble de son effectif. Que ce soit celui qui a joué quatre-vingt-dix minutes, ou le remplaçant qui n’a pas pu entrer sur la pelouse. «Tout le monde a sa part de responsabilité, dont l’entraîneur. Car si on arrive à un tel constat, c’est qu’il y a eu quelque chose de mal fait. Le coach assume sa responsabilité, et puis chacun se remet à travailler pour que ça reparte de l’avant. Mais l’entraîneur doit savoir remobiliser les troupes», estime Philippe Violeau.

Pourtant, il ne minimise pas le rôle des joueurs, dont celui du capitaine, qu’il fut lors de la déroute auxerroise à Lens (7-0) : «Après le match, je leur ai dit que c’était un accident, que ça devait nous servir de leçon. Le discours du capitaine est important.» La preuve en est. Malgré deux défaites consécutives après la rencontre, l’AJA terminait la saison à la sixième place. Rien de très étonnant en somme, puisqu’Auxerre se comportait bien en Championnat depuis des années, contrairement à Guingamp, qui vise le maintien chaque saison. «Même si l’équipe était très jeune, il y avait quand même des motifs, des présages qui faisaient dire que ce n’était que passager», relativise l’ancien capitaine du club bourguignon. Ces motifs d’espoir n’apparaissent pas forcément chez les hommes de Jocelyn Gourvennec, derniers de Ligue 1. «Il faut que les joueurs se disent "on a perdu ensemble, et on va regagner ensemble". Même si c’est parfois douloureux de se dire qu'on en a pris neuf. Il faut se rassurer tous ensemble», conseille Patrick Battiston aux Guingampais, avant le déplacement à Nancy. Un succès en terre lorraine leur permettrait de digérer (un peu) cette lourde défaite, et de repartir de l’avant.

«Après le match, je leur ai dit que ça devait nous servir de leçon»

Erwan Issanchou