osimhen (victor) (P.Lahalle/L'Equipe)

L'Afrique, c'est chic

L'intersaison a été riche en transferts pour la L1, plus particulièrement de joueurs africains. Nous leur avons consacré un dossier. Morceaux choisis.

Victor Osimhen, le “Hot Dogue”

Transféré chez le vice-champion de France pour 12 millions d'euros (+2 en bonus) et cinq ans de contrat, c’est ce joueur de 20 ans convoité par des clubs de Premier League et de Serie A qui a débarqué cet été dans le vestiaire lillois. Sans complexe et très motivé - il n’a pris que quelques jours de congés - au sortir d’une Coupe d’Afrique des Nations qui l’aura monopolisé sept semaines durant, de la préparation à la phase finale.  Avec une seule apparition, en seconde période du match pour la troisième place contre la Tunisie (1-0) pour remplacer Odion Ighalo, meilleur buteur du tournoi mais blessé. Apte d’entrée, il a déjà frappé quatre fois en L1, et vient d’inscrire un but pour les Super Eagles du Nigeria en Ukraine pendant la trêve internationale (2-2 à Dniepr).

Victor Osimhen a tout du récidiviste, et pas seulement parce qu’il enfile les buts par paire depuis son arrivée en France. Le jeune gamin du quartier réputé difficile d’Olusosun, en banlieue de Lagos, est tout simplement un as quand il s’agit de bouleverser la hiérarchie des attaquants et semer le doute dans la tête de ses entraîneurs, comme Christophe Galtier s’en est aperçu, même s’il gère avec intelligence sa pépite nigériane. A Charleroi, où il ne sera resté qu’une seule (et inoubliable) saison, Osimhen a ainsi relégué sur le banc l’expérimenté Jeremy Perbet - double meilleur buteur en Belgique - tout comme le Malien Adama Niane, arrivé de Troyes auréolé de son titre de meilleure gâchette en L2. Pas mal pour un joueur d’abord proposé par Wolfsburg - le club auquel il appartenait - à Zulte Waregem puis à Bruges à l’été 2018 ! Refus motivé des deux formations belges qui découvrent un joueur très affaibli par une crise de paludisme, et qu’elles ne voient pas être pleinement opérationnel avant de nombreux mois.

Charleroi, via son patron Mehdi Bayat devenu depuis président de la fédération (URBSFA) rattrape Osimhen par le col et valide son prêt avec option d’achat. Bingo puisque le Nigérian marquera vingt buts en 2018-19 : douze en Championnat, sept en play-offs pour l’Europe et un en Coupe nationale. Passer du 9e de Jupiler League - qui a raté la qualification pour la Ligue Europa de justesse lors du match de barrage en Belgique - au vice-champion de France qualifié pour la Ligue des champions n’est pas chose aisée. Mais l’international nigérian s’intègre vite et bien à son nouvel environnement professionnel. A Lille, le Nigérian va exaucer l’un de ses rêves : disputer la Ligue des champions.

Henry Onyekuru, le voyageur

Tout juste auréolé d’un doublé réussi avec Galatasaray la saison passée, où il était prêté par Everton - son club d’appartenance -, le petit attaquant nigérian de 22 ans a déjà beaucoup bourlingué dans sa jeune carrière avant de débarquer sur le Rocher monégasque. Son histoire est peu banale puisqu’il fut détecté par les Qataris de l’Aspire Football Dreams Academy à l’âge de 15 ans et envoyé dans la foulée au Sénégal dans l’optique d’une carrière professionnelle, en compagnie d’autres jeunes talents africains venus du Mali et du Ghana. 
Détecté par Josep Colomer, l’ancien directeur de la Masia du FC Barcelone, il rejoint dès la fin de son cursus la Belgique et le KAS Eupen en 2015. Ce club de D2 situé dans la région germanophone du pays a été racheté par le Qatar et sert de plateforme aux jeunes issus d’Aspire qui débutent dans le monde pro.
 
Après la promotion du club en Jupiler League, cet excellent droitier termine co-meilleur buteur du Championnat 2016-17 (22 réalisations, saison régulière et play-offs cumulés) non sans s’être disputé avec ses dirigeants lors de sa première saison. Ses exploits en D1 belge lui valent d’être transféré à Everton... qui le prête dans la foulée à Anderlecht, en raison d’un problème d’obtention du permis de travail au Royaume-Uni. Prêté en 2018-19 cette fois à Galatasaray, il y a réalisé un Championnat plein avec 14 buts à la clé. Attaquant de pointe également à l’aise dans le couloir gauche, Onyekuru est un grand admirateur de Thierry Henry, son idole dont il a rejoint le club d’origine. Sa belle saison 2018-19 lui a valu de participer à la CAN en Egypte, où il n’a eu droit qu’à douze petites minutes contre l’Algérie en demie.

Marshall Munetsi, le mûr

En France, rares sont les Zimbabwéens à s’être imposés. Immédiatement, on songe à deux d’entre eux, l’attaquant Benjani Mwaruwari à Auxerre et son meilleur ami Harlington Shereni au début des années 2000. Un autre est en passe d’y arriver au Havre (L2), le jeune attaquant Tino Kadewere aux statistiques affolantes. Marshall Nyasha Munetsi a été recruté par le Stade de Reims une semaine avant le début de la CAN en Egypte, où il fut titularisé lors des deux défaites contre l’Egypte et la RDC. Milieu défensif qui fait partie de la jeune génération de talents émergents dans son pays, Marshall Munetsi (22 ans) a paraphé un contrat de quatre ans, juste avant de rejoindre sa sélection.
 
En Afrique australe, on le compare volontiers à Yaya Touré, tout autant en raison de sa carrure athlétique (1,87m) que sa capacité à rayonner au milieu de terrain, en éclairant le jeu par ses passes. Il peut aussi rendre service en charnière centrale. Si ses débuts furent modestes dans son pays, Munetsi a vite rejoint la PSL sud-africaine, un Championnat bien structuré qui accueille chaque saison les plus grands talents du Zimbabwe. Après le FC Cape Town, ce dernier a rejoint les Orlando Pirates de Soweto qui le prêtent au Baroka FC avant de le récupérer en 2017 où il accomplit deux saisons comme titulaire. Le Warrior zimbabwéen a quitté le club de Soweto alors qu’il était encore sous contrat jusqu’en 2021.«J’étais arrivé aux Pirates comme un petit garçon et je pars en homme» a-t-il expliqué au moment de ses adieux, remerciant au passage un club qui a perdu un autre talent au bénéfice de la L1, Lyle Foster, parti à Monaco il y a six mois.

Glody Ngonda, le fougueux

A force de briller depuis trois ans sur la scène continentale avec son club comme avec les Léopards de la RD Congo, il a enfin eu sa chance, celle dont rêve tout joueur africain. Mais il lui aura fallu être patient. Après une attente prolongée due à l’émission retardée de son visa, le latéral gauche de la RD Congo et de l’AS Vita Club de Kinshasa, surnommé "Marcelo" a finalement pu rejoindre le Dijon FCO à la mi-août, où il s’est engagé pour deux ans plus une année optionnelle. A peine arrivé en Bourgogne, son entraîneur Stéphane Jobard n’a pas tardé à le faire débuter à domicile contre Bordeaux (0-2). Agé de 24 ans, celui qui possède un fan club très actif dans la capitale était jusqu’à présent l’une des pièces maîtresses de son club. En 2018, Ngonda a même été désigné meilleur joueur de la Linafoot, le Championnat congolais.
 
Ses qualités défensives, mais aussi de premier contre-attaquant dans le couloir gauche, capable d’alimenter ses attaquants par des centres tendus et précis, ont décidé Dijon à débourser 300 000 euros pour s’adjuger ses services. Finaliste de la Coupe de la Confédération africaine 2018 perdue contre le Raja, Ngonda était présent en Egypte lors de la dernière CAN, titulaire au poste d’arrière gauche et il a pris part à trois des quatre matches disputés par sa sélection. A 24 ans, le Congolais va donc découvrir le professionnalisme européen aux côtés de joueurs africains confirmés comme les internationaux gabonais Bruno Ecuele Manga ou encore Didier Ndong arrivés cette saison.

Frank Simon